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Les points sur les QI : l'intelligence est-elle en berne ?

Le reportage "Demain, tous crétins" diffusé par Arte le 11 novembre 2017 fît grand bruit.

Il présentait une vision alarmiste de l'évolution du QI, l'associant à une chute du niveau intellectuel dans les pays où celui-ci serait le plus élevé. Qu'en est-il ?

Rappel : qu'est-ce que le Quotient Intellectuel (QI) ?

Le quotient intellectuel est une donnée calculée à partir d'un bilan psychométrique appelé l'échelle de Wechsler. Cette échelle évalue plusieurs dimensions que l'on attribue tradionnellement à l'intelligence. Parmi celles-ci on retrouve notamment :

  • Une dimension linguistique : la richesse lexicale dont dispose une personne et sa capacité à articuler entre eux différents concepts.
  • Une dimension mnésique : la quantité d'informations qu'un individu peut retenir et manipuler en temps réel ou sur un interval de temps court.
  • Une dimension logique : qui implique notamment la capacité à déduire des solutions à partir de situations inconnues.
  • Une dimension praxique : c'est à dire la dextérité et la rapidité d'exécution.

Le QI n'évalue pas d'autres dimensions pourtant constitutives et indissociables de l'intelligence :

  • La dimension sociale : la capacité à tisser un lien social, à s'intégrer à un groupe, à faire preuve de diplomatie...
  • La dimension émotionnelle : c'est à dire la gestion de certaines émotions comme la peur, le stress, l'anxiété...
  • Les capacités physiques : l'harmonie corporelle, les performances sportives, etc...

A cet égard, le premier point à souligner est que le QI est très imparfait et qu'il serait illusoire d'assimiler le QI à l'intelligence. Les échelles de Wechsler (WISC-V, WAIS-IV), comme tous les questionnaires psychométriques et les tests en général, sont intrinsèquement objectifs.

Ils ne peuvent que réduire une part de la subjectivité de l'individu qui s'exprime au fil des épreuves.

Comment est calculé le QI ?

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Chacune des dimensions citées sont évaluées par des "subtests" lors d'un bilan psychotechnique. A partir de ces résultats, un score est calculé.

Ce score sera ensuite comparé à ce qu'obtient en moyenne une population d'un âge proche de celui qui passe le test.

Par exemple, si un enfant de 8ans 6mois passe les épreuves, on va comparer ses résultats à ce qu'obtiennent en moyenne les enfants de 8ans et 6 mois.

Le QI est un score qui va jusqu'à 160. Il va indiquer combien d'individus du groupe de référence ont un résultat supérieur au sujet évalué. 100 au test de QI signifie que 50% des individus ont un résultat supérieur.

Le QI est donc en fait un positionnement par rapport à une moyenne. L'étalonnage, c'est à dire les résultats moyens obtenus par le groupe d'individus, doit être réactualisé fréquemment.

Il est en effet moins pertinent de comparer les résultats d'un enfant d'aujourd'hui à ceux d'enfants d'une époque lointaine. On peut en effet comprendre que le lexique ait changé et la culture également.

Le QI baisse-t-il réellement?

baisse qi

Cette conclusion implique de comparer le résultat du sujet évalué avec un groupe d'une autre génération.

Jusqu'à présent cette méthode mettait en évidence une augmentation progressive du quotient intellectuel.

Cette augmentation était la conjonction de nombreux facteurs : alimentation, santé, éducation, accès à l'information...

Aujourd'hui, le psychologue Richard Lynn et l'anthropologue Edward Dutton alertent sur la fin de cette croissance et concluent même sur la baisse progressive du quotient intellectuel. Ils attribuent cette baisse notamment en grande partie à l'alimentation, à l'immigration, et à l'exposition aux perturbateurs endocriniens.

Franck Ramus, chercheur au CNRS, pointe vers les incohérences de ce constat.

D'abord, l'étude de Lynn & Dutton ne prend pas en compte tous les pays. Pourtant, on constate que le QI aux États-Unis continue à grimper malgré une exposition importante aux perturbateurs endocriniens et une immigration équivalente.

Une métaanalyse de 271 études suggère plutôt un plafonnement du QI sur les 30 dernières années. Les gains de QI diminuent certes, mais ne sont pas nuls.

Ensuite, la baisse mise en avant par les chercheurs ne concerne que certaines dimensions du QI. En Finlande notamment, on ne constate qu'une baisse devant les dimensions linguistiques et une stagnation du niveau logique.

Enfin, ajoute Franck Ramus, si les facteurs développementaux étaient responsables, on observerait une baisse du QI en premier lieu chez les enfants. Or l'étude de Dutton et Lynn ne rapporte que la tendance des scores des adultes français. Or les résultats des enfants via le WISC-V montrent au contraire une hausse du QI.

Finalement, la méthodologie utilisée est critiquable, puisqu'elle évalue deux populations différentes avec deux outils ayant évolués.

L'intelligence ne pourra pas croître indéfiniment. Peut-être approchons-nous de la limite humaine. Pour autant, leurs conclusions sur le déclin de l'intelligence ne sont pas suffisamment sérieuses.

A propos
Redaction d'un article

Audren Bouëssel du Bourg, psychologue et psychothérapeute à Quimper.

Je reçois à mon cabinet et j'écris parfois ici.

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